UNE LÉGENDE

Tous les marins du coin vous le diront : on a tous entendu parler des « Columbretes », mais bien peu y sont allés ou n’en sont pas revenus, on ne le saura jamais.

Sujet aussi mythique que mystérieux.

On sait seulement que ce sont des îles perdues vaguement entre les Baléares et la côte espagnole du côté de Valence.

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LES NOUVEAUX DE BOUGAINVILLE

Seuls deux bateaux d’YCAR : « Punta Cana » et « Vertigine » ont décidé de se dévouer, de percer une fois pour toute le mystère, d’être des explorateurs, de s’aventurer en terre inconnue et forcément hostile au risque de leur vie.

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Tout l’hiver un plan d’attaque se met en place, réunion sur réunion, pour déterminer comment y aller, la stratégie de navigation à adopter, les équipages à prévoir. Seront nous assez nombreux (il faut prévoir des pertes humaines), faut-il emmener des femmes ? L’avitaillement : combien de nourriture et d’eau (oui du vin et de l’alcool aussi) à embarquer ? Nous risquons de partir plusieurs mois voire des années. Comment se vêtir ? Fera-t-il chaud ou froid, orages et cyclones sont-ils à prévoir. Une mer démontée forcément. Soleil, insolation. Faut-il s’armer ? Il doit y avoir des indigènes, des barbares, des animaux sauvages, des monstres marins…

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Pouvons nous y accoster, y mouiller, y passer la nuit ? Aller si loin pour ne pas s’arrêter, ce serait faillir à notre mission..

Autant de questions dont nous n’avons pas la réponse. L’angoisse monte, allons nous abandonner ?

UN DEVOIR, UNE MISSION

Nous nous ressaisissons, nous avons une mission à accomplir dans l’intérêt général, faire œuvre d’utilité publique, avertir les générations futures. Faire la renommée du club !

Au printemps nous nous entrainons, nous faisons des exercices de survie

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Mais déjà ça part mal, sur les cartes marines elles n’existent pas. Après plusieurs mois de recherches, nous trouvons une position GPS. (39º55’N, 0º40’E)

Même une fois positionné : il n’y a rien ! Il faut agrandir, agrandir, agrandir encore la carte* pour voir apparaître enfin un tout petit archipel formé de 4 îles. (*nous laissons rien au hasard nous avions aussi des cartes numérique)

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Nous allons consulter notre ami Wikipedia qui comme chacun sait, sait tout :

Les Îles Columbretes constituent un ensemble de quatre groupes d’îles volcaniques situées à trente milles marins à l’Est du Cap d’Oropesa, dans la localité d’Oropesa del Mar, province de Castellón (Espagne).

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Ces groupes d’îles sont : la Columbrete Grande, La Ferrera, La Foradada et el Carallot. De plus existent dans l’archipel de nombreux écueils.

 Le nom des îles vient des premiers navigants grecs et romains. Initialement on leur a donné le nom de Ophiusa ou Colubraria, à cause des nombreux serpents (couleuvres) qui s’y trouvaient. Durant des siècles, ces îles ont servi de refuge aux pirates et aux contrebandiers.

Au XIXe siècle, on incendia l’île de Columbrete Grande pour exterminer les serpents, et on installa un phare avec une présence de gardiens jusqu’en 1975, année qui a vu l’automatisation du phare.

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En 1988, les îles sont déclarées Parc Naturel par la « Generalitat Valenciana ». Depuis 1992 les îles ne sont habitées que par des gardiens se consacrant à la restauration et à la conservation des lieux.

En 1994, de Parc Naturel, les Columbretes deviennent Réserve Naturelle.

Elles sont situées sur des fonds de 80 mètres de profondeur et couvrent une surface de trois milles marins, représentant un des petits archipels de très grand intérêt écologique de la Méditerranée.

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L’île de plus grande taille, connue comme la Columbrete Grande ou L’illa Grossa, a un profil en forme d’arc ouvert, caractéristique d’une grande activité volcanique sous-marine. El Carallot, avec ses 32 mètres d’altitude, représente les restes de la cheminée centrale d’un volcan.

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Il y aurait même des sirènes. C’est décidé on part !

LE DEBUT DU PERIPLE

Forts de tout cela, au mois de juillet de l’an de grâce 2016, nous larguons les amarres du port d’Argelès, le ventre serré, sentant sur nos épaules le poids de la mission qui est désormais la nôtre.

Pour ne pas affaiblir les équipages, le matériel et les bateaux, nous descendons tranquillement la côte espagnole, Palamos, Barcelone, Tarragone (à découvrir) pour arriver à jusqu’à Bénicarlo après le delta de l’Ebre et juste avant Peniscola (magnifique, à voir).

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Durant nos différentes  simulations d’hiver, nous avions conclu que Bénicarlo serait notre dernière escale sur le continent et notre point de départ vers l’inconnu.

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Le port de Bénicarlo nous inquiète un peu car il n’y a qu’un ponton, tout neuf, large, super équipé, mais il n’y a personne. Nous sommes trois bateaux avec un anglais (sans doute un Brexit). Les chalutiers sont tous au sec en train de caréner. En cette période, c’est louche. Si il n’y a personne, il doit y avoir une raison !  Le temps ? Pas d’internet pour la météo, ça craint grave. Nous informons le marinero de service de notre intention d’aller sur les Columbretes, il part aussitôt en courant nous laissant médusés et interloqués sur le quai.

Il revient quelques instants plus tard avec de la documentation, des informations et des conseils sur ces îles secrètes. Ouf, nous respirons !

Enfin nous pouvons partir, haut les coeurs ! Non sans avoir renouvelé l’équipage. Il nous fallait bien de la chair fraîche et tendre (échange d’un homme contre 2 femmes). Nous partîmes donc à 7 : 3 hommes et 4 femmes sur 2 bateaux.

UNE TRAVERSÉE ÉPROUVANTE

Nos savants calculs nous indiquent qu’il y a 32 milles à faire dans le 160.  Un plan d’attaque se met en place : VHF sur le 72 pour liaison tous les ¼ d’heure, les 2 bateaux ne devant pas s’éloigner l’un de l’autre de plus de 300 mètres. (Toi ça va ?, moi aussi, à quelle vitesse tu vas ? et ton cap ? l’équipage c’est bon, RAS ?)

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Malgré toute cette sécurité, nous avons failli perdre l’un des 2 bateaux qui s’écartait inexorablement de la route ! Sa VHF ne répond plus ! Que faire ?  Que ce passe- t-il ? Mutinerie à bord ? Deux heures après enfin un appel : c’était la pause déjeuner ! Il préférait suivre l’ombre que le cap. (je ne connaissais pas cette option sur les pilotes automatiques)

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Nous faisons cette traversée dans des conditions de navigation terribles et éprouvantes : vent bon plein 10/15 nds, mer plate, ciel pur. Dur Dur !

L’ÎLE MYSTERIEUSE DÉVOILÉE

Cinq heures après nous commençons à voir surgir devant l’étrave l’île mystérieuse. Cris de joie, nos points GPS étaient bons, et sans sextant, ni règle Cras, trop forts !

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½ heure après nous pénétrons dans l’Illa Grossa qui est formée par un large cirque bordé d’une ceinture rocheuse d’environ 30 mètres de haut. Deux pains de sucre de lave noire de part et d’autre de l’entrée nous rappellent qu’il s’agit d’un ancien volcan qui s’est effondré. Dedans c’est un lac, tout est havre de paix et sérénité : la plénitude.

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A l’intérieur, 10 bouées numérotées sont mises gracieusement à disposition (il y en à 3 l’extérieur en cas de vent d’Est. Il y a de la place, seules 3 ou 4 sont prises.

UN ACCUEIL CHALEUREUX

Nous nous signalons sur le canal 9. Après des mots de bienvenue, on nous signale qu’une visite guidée a lieu à 17 heures. Cool, cela nous laisse le temps de déjeuner et de se baigner dans l’eau claire et limpide.

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17 H, nous sommes les premiers sur l’embarcadère à annexe où nous attend notre guide. Vite rejoints par une dizaine de personnes venues des autres bateaux 80 % de femmes ?!

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Ces îles dépendent maintenant du ministère espagnol de l’environnement.  4 permanents vivent sur l’ile, relayés tous les 15 jours. Tout en montant jusqu’au phare notre charmante guide nous explique l’historique, la faune et la flore propre à cet archipel. Bien qu’il n’y ait plus de couleuvres depuis longtemps, nous n’avons pas le droit de sortir de l’unique chemin, ni de ramasser quoi que ce soit. Le site est très sec et aride. Tout est laissé volontairement en l’état, il n’y a aucune intervention humaine.

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Le phare qui domine l’ensemble de l’île possède un petit musée sur les traditions de pêche en mer et un magnifique escalier en colimaçon tout en métal.

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Bonne surprise au retour à l’annexe : un des skippers offre des coupes de Cava à tout le monde dans une franche et bonne ambiance.

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DOUCE NUIT

Retour au bateau pour un frais carpaccio d’un gros poisson que nous avions pêché pendant la traversée. Le tout accompagné comme il se doit de ti’punch à la santé des Columbrettes que nous avons si vaillamment su conquérir.

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Les sept valeureux explorateurs : Mick, Lionel, Marie-France, Cathy,  Anne, Jean-Marie, Brigitte.

Après une nuit magique sous un ciel étoilé, continuation vers Majorque à 80 milles (Ile d’Ibiza à 65), mais ça c’est une autre histoire.

Ô MA COLUMBRETE ! TE REVERRAIS-JE UN JOUR ?

Alors vous aussi, si d’aventure vous croisez dans les parages, n’hésitez pas faites le détour par les « Columbretes », maintenant que vous savez !

Mick LAFOND

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